En Corse, le mois de septembre reste largement déserté pour les cérémonies de mariage, malgré des conditions climatiques favorables et une forte demande touristique. Les réservations plongent soudainement après la haute saison estivale, sans que cela ne s’explique par de simples considérations logistiques ou budgétaires.
Cette particularité s’inscrit dans un ensemble de croyances locales persistantes, où le calendrier des unions obéit à des interdits hérités et à des interprétations spécifiques du temps propice à l’engagement. Certaines familles continuent d’invoquer des raisons solidement ancrées, au-delà de toute rationalité économique ou pratique.
Sologamie : origines, définitions et évolutions d’une pratique singulière
La sologamie, parfois désignée comme le mariage avec soi-même, déroute autant qu’elle suscite la curiosité. Là où le mariage traditionnel en Corse se soumet à la tradition et à ses temps prohibés, Avent, Noël, Carême, mai, période estivale, novembre,, la sologamie se joue des saisons et s’affranchit des contraintes habituelles. Définition de la sologamie : il s’agit d’une cérémonie, officielle ou symbolique, où l’on s’engage envers soi-même. Le concept, apparu dans les années 1990, s’est diffusé grâce aux réseaux sociaux et à quelques personnalités médiatisées.
L’origine de la sologamie s’inscrit dans une volonté d’autonomie et d’affirmation de soi. Tandis que le mariage en Corse s’enracine dans le collectif, la sologamie vient bouleverser les repères. Elle participe à une remise en cause des normes matrimoniales et donne la parole à l’individu. Les anthropologues soulignent que cette pratique, loin d’être anodine, invite à repenser l’engagement, la place de chacun dans le rituel, la capacité à se suffire à soi-même.
L’évolution de la sologamie se lit dans la diversité des discours et des cérémonies qui l’accompagnent. Les codes, les mots, les symboles : tout est sujet à réinvention. Pour certains, c’est une manière de répondre à la pression sociale du couple, pour d’autres, une démarche quasi philosophique. En rapprochant la sologamie de la tradition linguistique corse, riche de son argot, de ses « chicard » et « chicandard », on constate que cette pratique s’invente aussi son lexique, sa grammaire de l’autonomie. La littérature, de Flaubert à aujourd’hui, ne cesse d’ailleurs de jouer avec ces formes nouvelles, témoignant d’un goût certain pour la réinvention conjugale.
Pourquoi certaines personnes choisissent-elles de se marier avec elles-mêmes ?
Ceux qui franchissent le pas de la sologamie ne le font pas sur un coup de tête. Les motivations sont multiples et profondes. Célébrer sa singularité, s’affranchir de la pression sociale du couple, se donner un moment de reconnaissance personnelle : les raisons avancées sont nombreuses dès qu’on donne la parole à ceux qui choisissent le mariage individuel. Loin d’un repli, ce rituel se vit souvent comme un moment festif, assumé, parfois même militant.
Pour certains, la cérémonie marque un tournant : elle accompagne une rupture, un anniversaire marquant, ou vient sceller une étape de reconstruction après des années de doutes. D’autres s’en servent pour affirmer leur valeur et se réapproprier le récit de leur vie. Les témoignages évoquent un sentiment d’accomplissement, de soulagement parfois. L’événement, façonné à l’image de la personne, donne lieu à un discours, un échange d’anneau, un repas partagé. Parfois, il se vit dans l’intimité ; parfois, il prend la forme d’une performance, presque artistique.
Voici quelques raisons qui reviennent régulièrement parmi ceux qui s’engagent dans cette démarche :
- Motivations sologamie : recherche d’autonomie, volonté de renforcer l’estime de soi.
- Avantages sologamie : totale liberté sur l’organisation, absence de concessions, priorité donnée à ses propres aspirations.
La sologamie ne signifie pas tourner le dos à l’amour ou à la vie à deux. Elle peut coexister avec d’autres formes d’engagement et devient alors une déclaration publique : se marier avec soi-même, c’est choisir de redéfinir ce que signifie s’unir, s’engager, célébrer. Une prise de parole singulière face à la norme, une façon de bousculer le calendrier imposé.
Regards croisés sur la sologamie : enjeux psychologiques, sociaux et perspectives d’avenir
La sologamie ne se limite pas à une anecdote exotique. Elle vient questionner nos repères communs. Sur le plan psychologique, le mariage avec soi-même pousse à s’interroger sur l’engagement et la reconnaissance individuelle. Les spécialistes y voient une démarche d’auto-affirmation, parfois un acte de résilience face aux modèles traditionnels. C’est un moment souvent vécu comme une étape vers une meilleure compréhension de soi, une sorte de réconciliation intérieure.
Côté société, la sologamie fait vaciller les certitudes. Son apparition reflète la transformation des schémas familiaux et la pluralité des choix de vie. Le regard collectif évolue : accepter l’idée d’un engagement solitaire, c’est repenser la notion même de lien, de pacte, d’appartenance. Même si elle reste minoritaire, cette pratique soulève des questions sur la pression sociale, la norme du couple, la place centrale du mariage romantique.
Et demain ? Impossible de prédire l’ampleur du phénomène, mais déjà, des wedding planners imaginent des cérémonies sur-mesure pour cette clientèle nouvelle. Photographes, traiteurs, fleuristes : tous adaptent leurs offres à ces célébrations atypiques, où l’authenticité prime sur le formatage. En s’affranchissant des carcans habituels, la sologamie ouvre la porte à des formes inédites de fête, individuelles ou partagées, capables de s’imposer dans une société avide de sens et en quête de nouvelles manières de célébrer.


